Recherches - Histoire générale de Provence - Papon - 1777


 

Histoire générale de Provence dédiée aux états - par Papon, éd.Moutard, Paris - 1777 - PDF disponible sur demande 689 pages

En rapportant les faits qui se sont passés en Provence dans les siècles les plus reculés, nous voudrions pouvoir la désigner par un nom qui lui fut propre : mais il est à présumer qu'elle n'en avait aucun avant que les Romains la soumissent à leur domination. Les Gaules n'étaient pas alors divisées en provinces comme elles l'ont été depuis Auguste : on ne connaissait poit d'autre division que celles des peuples et cités & des cantons : on disait , par exemple, Arverni, Segusiani, les Auvergnats, les Forisiens, pour dire l'Auvergne, le Forez.

On appelait cité, le pays habité par une nation plus ou moins nombreuse. On donnait le nom de pagi, que nous rendons par celui de canton, aux différens districts compris dans la cité, & occupés par les peuples qui composaient la nation. On peut donc regarder la partie de la Provence renfermée d'un côté entre la Durance, le Verdon & la mer, et de l'autre entre le Rhône et le Var, comme ayant formé une cité du tems des gaulois ; car Strabon assure qu'elle était occupée par les Salyes, & divisée en dix cantons, c'est-à-dire, qu'elle était occupée par dix peuples, dont les Salyes étaient les plus puissants. Ces peuples, réunis sous les mêmes loix, pour leur défense commune, dépendaient d'un chef, auquel les historiens latins donnent le nom de roi. Nous présumons qu'il y avait deux autres cités en Provence : celle des peuples situés au nord de la Durance, & celle des Alpes maritimes ; mais nous n'en trouvons pas assez de preuves dans les anciens auteurs pour oser l'affirmer.

Quand je dis que la Provence n'avoit point de nom qui lui fût propre avant l'invasion des Romains, on n'en doit pas conclure qu'elle leur fût inconnue. Ils la comprenoient dans la Ligurie : c'est le nom qu'ils donnoient à une grande partie des côtes de la Méditerranée : car Ligour, en celtique, signifie homme de mer. Ce ne fut qu'après la conquête qu'ils distinguèrent cette province des autres : ils l'appelèrent d'abord province ou province Romaine, ensuite province Narbonnoise sous Auguste. Mais sous cette dénomination, on comprenait le Languedoc, le Vivarais, le Dauphiné & la savoiee. Enfin, ils lui donnèrent le nom de Narbonnoise seconde au milieu du IVe siècle ; et simplement celui de province, provincia, dans le VIe ; d'où est venu le nom qu'elle porte à présent.

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Peuples qui habitaient le long des côtes P117

Vediantii
Deciates
Oxybii
Ligauni
Suetri
Quariates
Adunicates
Verrucini
Suelteri
Camatullici
Bormani
Commoni
Avatici
Anatilii

Camatullici. Nous venons de voir que Pline les met entre Citharista, qui est Ceireste, & les Suelteri, que nous avons placés au territoire de Fréjus vers la montagne de l'Esterel ; il seroit difficile, dans de long espace de terrein, de déterminer au juste la position des Camatullici, si l'on ne trouvoit, dans l'analogie qu'il y a entre ce mot & celui de Ramatuelle, une raison de décider pour le lieu qui porte ce nom, près du golfe de Grimaud.

Bormanni. C'est ainsi qu'il faut lire, suivant le P Hardouin, & non pas Bormannico, Macinna, comme il y a dans Pline. mais cette correction ne lève pas toutes les difficultés. Il nous restera toujours à savoir ce que signifie Comacina, que ce père laisse subsister avec Bormanni, & dont nous ne connaoissons pas l'emplacement. Je pense qu'on doit substituer une autre leçon à celle du P. Hardouin, & qu'il faut lire Bormanni, Comacini. Cette correction est d'autant plus naturelle, que nous trouvons dans les Comacini, les Commoni de Ptolémée. Il y a toute apparence que ces deux auteurs leur donnoient le même nom, & que la différence ne vient que de l'inexactitude des copistes, qui auront écrit Commoni pour Comacini. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, on ne peut fixer la position des Bormanni qu'à l'endroit où est Bormes, près de la mer, entre Hieres & Saint-Tropez. La ressemblance du nom des Bormanni, avec Borma ou Bormes, autorise cette opinion, qui est celle de M. d'Anville, & qui ne peut être appuyée d'aucune raison. Les Bormanni & les Camatullici étaient surement deux peuples compris sous le nom des Comacini, suivant notre correction, ou de

Commoni, comme les appelle Ptolémée, qui leur attribue Marseille, Tauroentum, Ceireste, Olbie, le fleuve d'Argens & Fréjus. M. de vallois aimeroient mieux que ce géographe eût nommé, à la place des Commoni, les Cenomani, qui occupaient une partie de ce que renferme le diocèse du Mans.En effet, Caton le censeur disoit, au rapport de Pline, que les Cenomani s'étoient fixés près de Marseille. Cenomanos juxta Massiliam habitasse in Volcis. L'histoire nous apprend que, quand Bellovese partit des Gaules pour aller en Italie, il passa par la Provence, & secourut les marseillois, à qui les Salyes faisoient la guerre. Il peut se faire qu'un corps de ces Gaulois ait quitté le gros de l'armée et qu'il se soit arrêté dans le pays que Ptolémée lui attribue. Cette explication me parait la plus satisfaisabte qu'on puisse donner , & s'il est vrai que les Commoni occupoient les côtes, depuis Marseille jusqu'à Fréjus, il faut qu'on ait donné leur nom à tous les gaulois établis dans cette partie maritime de la province. On aura distingué les Camatullici & les Bormanni à l'endroit que nous avons assigné.

Le bois de Counioux, qu'on trouve au nord de la Ciotat, en allant de Marseille à Toulon, n'auroit-il pas pris son nom des Commoni par corruption ?

Peuples de l'intérieur de la Provence p124

Desuviates
Salyes
Vulgientes
Vordenses
Caudellenses
Albicoei
Reii Apollinares
Memini
Cacares
Voconttii

Salyes, ou Salluvii. C'est le nom dont les historiens se sont quelquefois servis pour désigner les peuples qui habitoient d'uncôté entre le Verdon, la Durance & la mer, & de l'autre entre le Var et le Rhône. Strabon leur attribue toute la plaine, depuis ce dernier fleuve jusqu'à la Durance, plaçant derrière eux au nord les Albiciens, qui occupoient le diocèse de Riez, comme nous le dirons dans l'article suivant. Le même auteur assure que les Salyes, avant qu'ils fussent soumis aux romains, étoient divisés en dix cantons, & qu'ils levaient des troupes considérables d'infanterie et de cavalerie. Tout cela prouve qu'ils étoient fort puissans, & que l'on comprenait, sous leur dénomination, plusieurs autres peuples subalternes. Les Salyes, proprement dit, avoient leur quartier principal aux environs d'Aix, & occupoient au moins une grande partie du pays qui forme le diocèse. Leur roi fit aux marseillois une guerre dont nous rapportons les détails dans l'histoire, & fut obligé de se retirer chez les allobroges, lorsque les romains vinrent ausecours de Marseille leur alliée.


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